Le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale arrive aujourd’hui en Guyane, pour une visite ministérielle de trois jours. Le plus jeune ministre de la Ve République est chargé par le président de prendre le pouls de la jeunesse. C’est ce qu’il va faire en Guyane, l’un des départements les plus jeunes de France. Il s’exprime en exclusivité pour France-Guyane sur les enjeux de sa visite et sur les mesures prises par le gouvernement pour aider la jeunesse.

Quel est le sens de votre visite en Guyane en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation et de la jeunesse ?

Ma visite en tant que membre du gouvernement se place dans la continuité des visites à la fois du Président de la République et des nombreux membres du gouvernement qui sont venus ici ces derniers mois : dans l’optique d’entretenir les liens forts qui unissent la Guyane et la République et de poursuivre les efforts engagés dans le cadre du plan d’urgence pour la Guyane. En tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation et de la Jeunesse, il me paraissait essentiel de me rendre rapidement dans les outre-mers après ma prise de fonctions, et de venir ici en Guyane , d’aller rencontrer des jeunes ultra-marins, du secteur associatif et plus globalement de tous les acteurs qui œuvrent pour l’engagement. Je veux nourrir mon action de ces réussites locales autour de l’engagement, notamment dans un moment d’élaboration du service national universel dont je suis en charge au gouvernement.

Comment comptez-vous mettre en avant ce désir d’engagement et de citoyenneté de la jeunesse ?

Le sentiment que j’ai, c’est que les jeunes ont envie de s’engager pour leur pays, pour l’intérêt général. Mais il y a encore trop de freins à l’engagement. Il y a des freins sociaux, culturels, géographiques mais aussi financiers. Notre ambition est de lever tous ces freins. En Guyane, on a une donne particulière, extrêmement positive, avec plus de 40 % de la population qui a moins de 20 ans. C’est une chance parce que j’ai vraiment cette conviction que les jeunes veulent s’engager et que nous devons les aider. Donc je vais m’inspirer de ce qui est développé en Guyane par un certain nombre d’acteurs, et puis échanger avec eux autour de ce que l’on va mener avec le service national universel, qui a pour grand objectif de développer une culture de l’engagement dans notre pays.

Les différentes structures que vous allez rencontrer en Guyane (RSMA, les gendarmes volontaires, les ADS, les cadets de la République…) sont-ils des exemples d’engagement que vous souhaitez mettre en avant en tant que secrétaire d’État ?

Il y a aujourd’hui des dispositifs d’engagement pour les jeunes qui existent et qui fonctionnent. Depuis ma nomination, j’ai à cœur d’aller à leur rencontre, à la fois des jeunes et de leurs encadrants. Si je me rends en Guyane, c’est parce que je crois notamment que le RSMA est tout à fait exemplaire dans notre pays. Je vais aussi échanger avec les jeunes qui accomplissent un service civique, les associations d’éducation populaire, les cadets de la défense et la classe d’excellence de la gendarmerie. Ce sont des dispositifs d’engagement très forts en Guyane. Je veux comprendre le processus qui a conduit ces jeunes à s’engager et m’en inspirer pour libérer les énergies !

Où en est le gouvernement sur le projet de service national universel ?

Un groupe de travail piloté par le général Daniel Ménaouine a publié un rapport avant l’été avec une présentation de proposition d’architecture pour le service national universel, s’articulant autour d’un mois obligatoire, en deux périodes de quinze jours, autour 16 ans, ainsi qu’une période volontaire, entre 18 ans et 25 ans, d’engagement d’au moins trois mois.

Mon souhait, c’est que ce service national universel soit co-construit avec la jeunesse. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place une consultation numérique. Aujourd’hui, plus de 75 000 jeunes y ont répondu. Nous analysons attentivement ces résultats pour continuer à bâtir ce que sera le service national universel. Des annonces seront faites dans les prochaines semaines sur l’organisation concrète du dispositif et sur le contenu de ce service national universel.

Dès 2019, une dizaine de départements commenceront à préfigurer le service national universel. Si je me rends en Guyane, c’est pour échanger avec les acteurs locaux, évidemment avec le président de la CTG, Rodolphe Alexandre, avec les parlementaires, avec les élus locaux, les associations d’éducation populaires et l’ensemble des acteurs sur le terrain, afin de mesurer leur souhait et leur ambition de faire partie de ces départements préfigurateurs. Je pense que la Guyane a beaucoup d’atouts pour en faire partie.

La violence est très présente chez les jeunes en Guyane. Les mêmes jeunes qui sont au chômage avec un taux très élevé. Quelle réponse vous pouvez apporter en tant que secrétaire d’État chargé par le président de la République d’écouter et de prendre en compte les problématiques des jeunes de ce pays ?

J’ai évidemment eu connaissance des événements de 2017 qui restent ancrés dans les mémoires. La jeunesse, d’une manière générale, partout en France, est marquée par certains nombre d’inquiétudes et d’angoisses et nous devons y répondre. En Guyane, nous avons proposer un plan d’urgence pour lequel 68 mesures ont déjà été mises en œuvre et 80 sont en cours de réalisation. Je ne crois pas qu’il y ait de fatalité pour la jeunesse, parce que je sens un vrai désir d’engagement, un vrai désir de s’intégrer dans la citoyenneté et dans le monde professionnel. Et toute notre action, aussi bien au niveau national qu’à l’échelle de la Guyane, est dirigée au service de la réalisation de cet objectif.

Comprenez-vous l’appel à la mobilisation du 17 novembre ? Les mesures annoncées cette semaine par le Premier ministre auront-elles des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des gens ?

J’entends les préoccupations de beaucoup de Français qui utilisent leur voiture quotidiennement pour aller travailler et qui regardent les cours du pétrole, et donc les prix de l’essence augmenter, ce qui a un impact sur leur pouvoir d’achat. Ce que je veux rappeler c’est que l’on a mis en place des mesures fortes pour accompagner les Français dans la transition vers des véhicules plus propres, qui consomment moins et donc qui polluent moins. Le Premier ministre a annoncé des mesures complémentaires pour renforcer encore ces dispositifs : avec une super prime à la conversion de 4 000 euros pour les foyers les plus modestes, et une extension du chèque énergie. Il faut entendre les inquiétudes qui sont formulées et il faut y répondre en accompagnant les Français dans cette transition. C’est ce que nous faisons. Ces mesures annoncées par le Premier ministre, ce sont 500 millions d’euros supplémentaires qui s’ajoutent aux 900 millions d’euros qui avaient déjà été engagés pour cet objectif. C’est un investissement massif pour aider les Français, tout en menant une politique environnementale ambitieuse.

Un mouvement de grève a eu lieu cette semaine en Guyane, avec le blocage du rectorat et de nombreuses revendications des syndicats pour améliorer les conditions d’enseignement en Guyane. Est-ce que le gouvernement a conscience du statut particulier de la Guyane qui est classée pour l’ensemble du territoire en zone prioritaire d’éducation ? Des moyens vont-ils être débloqués, malgré les restrictions nationales en termes d’effectif ?

Au niveau national, le budget de l’Éducation nationale fait partie des budgets qui augmentent le plus avec 860 millions d’euros supplémentaires en 2019. Il y a des mesures très fortes qui ont été prises au service de l’élévation du niveau général et de la justice sociale, avec notamment le dédoublement des classes en CP et CE1 pour les élèves des zones d’éducation prioritaire. En Guyane, 96 % des élèves de CP sont concernés, c’est un investissement massif. Il y a également un vrai enjeu de scolarisation en Guyane et un effort considérable qui doit être fait. Je rappelle que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, présentera un projet de loi au début de l’année pour la scolarisation à trois ans, et que la Guyane fait partie des territoires les plus concernés par cette mesure. Nous allons évidemment continuer à investir sur ce sujet-là. Et, nous allons continuer à mettre en œuvre les mesures du plan. Un internat doit ouvrir à Maripasoula, puisque sur le sujet de la scolarisation, on sait que c’est surtout à l’ouest du territoire que le problème est le plus important. Donc, on prend véritablement cet enjeu scolaire à bras le corps. 50 millions d’euros par an sont consacrés en Guyane à la construction d’établissements du second degré afin de répondre aux enjeux de croissance de la population. Et, en 2018, 15 millions d’euros ont été consacrés au premier degré en Guyane.

Des propos recueillis par Samir MATHIEU

Un programme axé sur les rencontres avec la jeunesse de Guyane

Aujourd’hui, le secrétaire d’état à l’Éducation et à la Jeunesse Gabriel Attal sera reçu par le préfet Patrice Faure, le député Gabriel Serville et le maire de Matoury Serge Smock à l’aéroport. Il se rendra à la direction de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale. En fin d’après-midi, il s’entretiendra avec le maire de Cayenne, Marie-Laure Phinéra-Horth, puis avec le président de la Collectivité territoriale, Rodolphe Alexandre. Demain, Gabriel Attal s’envolera pour Saint-Laurent du Maroni. Il se rendra au camp du RSMA. Il visitera les ateliers de formation et de remise à niveau scolaire proposés par le service militaire adapté. Gabriel Attal ira en fin de matinée dans un des lycées de la ville. L’après-midi, il visitera le camp de la Transportation. Sur place, il rencontrera les associations et intervenants de la prévention de la délinquance. En fin d’après-midi, le secrétaire d’État reviendra à Cayenne. Il devrait rencontrer les Frères de la Krik. Samedi, Gabriel Attal restera à Cayenne avec au programme un déplacement au rectorat. Il rencontrera aussi samedi les cadets de la République, de la gendarmerie nationale, du SMA, les classes de défense et de citoyenneté. Gabriel Attal repartira samedi soir.

vendredi 16 novembre 2018

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